
Les grands départs en vacances, les embouteillages sur la route des plages, les premières chaleurs, la rentrée scolaire, les bonnes résolutions de janvier, les achats de Noël…
Vous avez certainement remarqué que certains sujets reviennent chaque année dans les journaux, à la télévision ou sur les sites d’information.
Dans le vocabulaire journalistique, ces sujets récurrents portent un nom pour le moins étonnant : les « marronniers ».
Mais quel rapport peut bien exister entre un arbre et un article de presse ?
Qu’est-ce qu’un marronnier en journalisme ?
Un marronnier est un sujet d’actualité prévisible et récurrent, traité à une période plus ou moins fixe de l’année.
Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales le définit notamment comme un « article de circonstance publié traditionnellement à certaines dates ».
Parmi les marronniers les plus connus, on retrouve par exemple :
- les départs en vacances et les embouteillages en été ;
- les régimes et bonnes résolutions en janvier ;
- la rentrée des classes en septembre ;
- les changements d’heure ;
- les achats et préparatifs de Noël ;
- les premiers jours du printemps ;
- ou encore les conseils pour supporter les fortes chaleurs.
Autrement dit, ce sont des sujets dont les rédactions savent presque à l’avance qu’elles pourront reparler l’année suivante.
Mais pourquoi les appeler des marronniers ?
Tout partirait d’un marronnier du jardin des Tuileries
Pour comprendre l’origine de l’expression, direction Paris, au jardin des Tuileries.
Au XVIIIᵉ et au XIXᵉ siècle, un marronnier situé dans le jardin était connu pour une particularité : il fleurissait particulièrement tôt dans la saison, autour du 20 mars.
Sa précocité était devenue une véritable curiosité parisienne.
Et chaque année, à l’arrivée du printemps, les journalistes venaient constater l’apparition de ses premiers bourgeons et consacraient quelques lignes à l’événement.
Le sujet revenait donc régulièrement dans les colonnes des journaux. Au XIXᵉ siècle, le fameux « marronnier du 20 mars » était déjà une petite célébrité de la presse parisienne. Des archives de presse évoquent cette tradition consistant à surveiller et commenter sa floraison à l’approche du printemps.
Quand la petite histoire rencontre la grande
L’histoire de cet arbre s’est également enrichie, au fil du temps, de plusieurs récits.
L’un d’eux raconte que des gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries, le 10 août 1792, auraient été enterrés à proximité de l’arbre. L’existence des violents combats aux Tuileries et la mort de nombreux gardes suisses lors de cette journée révolutionnaire sont bien documentées ; le lien précis avec le marronnier appartient davantage aux récits historiques et aux traditions qui se sont développés autour de l’arbre.
Quelques années plus tard, les bonapartistes associèrent également le marronnier au 20 mars 1811, date de naissance du fils de Napoléon Ier, puis au retour de Napoléon à Paris le 20 mars 1815.
Autant d’histoires qui contribuèrent à la célébrité du fameux arbre des Tuileries.
Du marronnier des Tuileries aux « marronniers » des journalistes
À force de voir revenir chaque année dans les journaux des articles consacrés à la floraison du même arbre, le terme « marronnier » serait progressivement devenu synonyme de sujet récurrent.
L’arbre a disparu, mais l’expression, elle, est restée.
Aujourd’hui encore, le mot est couramment utilisé dans les rédactions, mais également dans la communication et le marketing.
On parle ainsi de calendrier des marronniers pour désigner tous les événements prévisibles autour desquels une entreprise peut organiser sa communication : fêtes, saisons, événements professionnels, journées thématiques ou grands rendez-vous annuels.
Finalement, le principe n’a pas tellement changé : trouver le bon sujet, au bon moment, pour intéresser son lecteur.
Et quel rapport avec l’imprimerie ?
Avant les sites d’information, les réseaux sociaux et les notifications sur nos téléphones, ces fameux articles de presse devaient naturellement passer par une étape indispensable avant d’arriver entre les mains des lecteurs : l’impression.
Les textes étaient composés, mis en page puis imprimés avant que les journaux ne soient distribués.
Derrière chaque titre, chaque photographie et chaque colonne se trouvait donc tout un savoir-faire graphique et technique permettant de transformer l’information en objet imprimé.
Des journaux d’hier aux supports de communication d’aujourd’hui, les techniques ont considérablement évolué, mais une chose reste finalement assez familière : nous continuons à raconter des histoires… et parfois les mêmes, année après année !
Et puisque parler des vacances, de la rentrée ou du retour des beaux jours est devenu en soi un véritable marronnier…
Nous ne pouvions évidemment pas laisser passer l’occasion de vous raconter l’histoire du marronnier. 🌳😉